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débat Jean Nicolas Antoniotti et Jean Marc Cermolacce décembre 2006
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L'entreprise corse est-elle progressiste?
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Via Prugressita a réuni un débat citoyen sur le thème : « l’entreprise corse est-elle progressiste ? » Invités pour animer ce débat, Jean Marc Cermolacce, entrepreneur dans le secteur du bâtiment, responsable au MEDEF de Corse et Jean Nicolas Antoniotti entrepreneur et responsable de Femu Qui. Jean Claude Guazzelli initialement prévu s’est excusé retenu au dernier moment par une réunion à la CTC de la commission des finances au sujet de l’Université de Corse.
L’état des lieux
Dans un premier temps un état des lieux a été fait de l’entreprise corse. On peut distinguer quatre types d’entreprises sur l’ile. Le premier type regroupe les entreprises filiales de grandes enseignes, c’est là où, en général, la situation sociale des salariés est la plus favorable, où sont implantés les syndicats représentatifs du secteur privé et où de rares comités d’entreprises existent. Le deuxième type d’entreprise regroupe toutes celles qui sont en situation de monopole. Certaines fonctionnent à 95% avec des fonds publics et sous traitent à d’autres entreprises. Elles sous traitent en particuliers aux entreprises que l’on classera dans un autre type et qui sont caractérisées par un actionnaire unique qui est le propriétaire de l’entreprise. Très généralement de petites tailles, vulnérables, difficilement transmissibles ou vendables, c’est dans ces entreprises que le dialogue social est le plus mal aisé. Ces petites unités sont soumises à la pression constante, les trésoreries y sont fragiles, elles ne sont pratiquement jamais aidées par le système bancaire. Il existe aussi un dernier type d’entreprises en pleine expansion que l’on nomme sociales et solidaires, elles sont issues du monde associatif et représentent 10% des salariés de Corse. Leur objectif n’est pas le profit mais le service aux personnes. Les organisations syndicales y sont très souvent présentes.
La Corse se caractérise donc et surtout par un secteur privé de très petite taille avec une grande majorité d’entreprises de petites dimensions, c’est dans ce secteur ou la situation est le plus difficile pour les salariés.
Ceci étant, l’entreprise en Corse ne peut se réduire au seul dialogue social. Le secteur privé dénote surtout un sous-développement à tous les niveaux, la problématique c’est donc de résoudre cet état de fait en répondant à la question majeure: « l’entreprise peut-elle se développer en Corse et peut-elle être un élément de progrès ? »
Les obstacles et les résistances
La Corse n’a pas de culture d’entreprise, l’économie est très liée au politique. Les phénomènes du clientélisme et de l’assistanat phagocytent tous les secteurs d’activité comme l’ensemble de la société insulaire, indéniablement ces phénomènes sont des freins au développement. L’ensemble du secteur et son organisation (chambre des métiers, chambre de commerce) sont tétanisés par ces freins et ne jouent pas véritablement leur rôle auprès des entreprises. Les organisations syndicales, patronales ou de salariés sont elles-même caractérisées par un lien extrêmement étroit avec les pouvoirs politiques. L’entreprise corse est soumise comme l’ensemble de la société insulaire à un système qui s’apparente au féodalisme. L’archaïsme et le conservatisme prévalent trop souvent ce qui est antinomique avec l’esprit même de l’entreprise. La concurrence dans un tel système n’existe pas ce qui génère des coûts élevés et des prix au-delà de la moyenne nationale. On peut noter aussi au chapitre des obstacles à l’entreprise en Corse : la faiblesse de l’aide du système bancaire, un système fiscal mal adapté et la violence.
La Corse doit impérativement rechercher les conditions favorables à l’expansion de son secteur privé. Les collectivités ont un rôle majeur en l’état. La seule vision libérale du laisser faire nous le voyons, ne peut porter ses fruits. L’économie a besoin d’être accompagnée par des mesures politiques et force est de constater que le compte n’y est pas…
Soutenir l’entreprise c’est résoudre le problème de l’indivision, réfléchir à un système fiscal favorable à son développement, tirer les conséquences de la zone franche et opter pour un système qui ira au-delà de la seule préservation de l’entreprise. Développer la formation interne à l’entreprise (qui est faible et qui manque d’anticipation) en utilisant des filières innovantes. Adapter la formation continue et mettre en place une évaluation régulière.
Ce dont il est question c’est d’organiser l’expansion et favoriser la croissance du secteur privé. A ce titre il faut considérer que secteur bancaire ne nous est pas favorable. Tournée vers les traditionnelles opérations de crédit et de dépôt, la banque ne remplit pas son rôle d’acteur économique. En n’investissant pas, elle favorise de facto la fuite de nos richesses. Dernier point éminemment important : la violence. Cette violence qui prend l’aspect de la destruction de biens et du racket, gèle toute velléité économique dans de nombreux secteur du privé.
Les atouts et les potentialités
Pourtant la Corse a des atouts. Elle est riche de son patrimoine, de son écologie, de son épargne et de sa matière grise. De nouveaux outils financiers tel le FIP (fond d’investissement de proximité) viennent de voir le jour. Des infrastructures existent pour permettre la formation des hommes, lycées professionnels, instituts de formation, CFA, université. Des exemples de réussites industrielles attestent que l’on peut entreprendre et que l’on peut développer de multiples secteurs. Femu qui (avec un capital social de plus de 3 Millions d’Euros et 2100 petits porteurs privés) a prouvé, que tout est possible en Corse et qu’il n’y a pas de fatalisme. L’espoir est donc possible avec des entreprises solidaires et le progrès aussi.
Versus l’entreprise que pourrait être le progrès ?
Le progrès, ce serait de créer des richesses qui pourraient profiter à tout le monde : l’entrepreneur, le salarié, la société toute entière. Cela sous-entend une libre entreprise, une justice sociale, une liberté de conscience dans l’entreprise, des salariés payés à leur juste valeur, une formation initiale et continue de qualité, une participation du salarié au destin de son entreprise.
Il faut rompre aussi avec les clichés selon lesquels il y aurait des bons patrons et des mauvais salariés ou des mauvais patrons et des bons salariés. De même il faut cesser de croire que l’entreprise est le pré carré de la droite et que les salariés celui de la gauche. Ce qui est évident, c’est que le marché évolue, que la mondialisation a aussi des conséquences dans l’île, que l’Etat se désengage, que la fonction publique ne crée plus d’emplois. Face à ces évolutions, l’intrusion de Véolia dans notre paysage économique démontre à souhait les risques qu’encourent notre économie et le rôle négatif qu’a joué, à de multiples occasions, notre Assemblée Territoriale prise au piège d’un système politique basé sur l’immobilisme et ses propres intérêts de clan.
Entre réalité et obstacles, la voie du progrès existe.
Cette voie implique un engagement majeur des décideurs de ce pays. Une rupture avec le système féodal s’impose. Penser l’entreprise et son évolution nécessite une vision globale, territoriale, respectueuse des lois, de la réglementation, du respect des individus et de leur organisation sociale. Penser les infrastructures technologiques et l’ingénierie territoriale d’appui et de promotion, les transports de demain, l’ouverture sur la méditerranée et sur l’Europe. Aucun saupoudrage, ni bricolage ne suffiront à promouvoir les entreprises insulaires. La Corse a besoin d’un projet réfléchi et débattu démocratiquement, d’une volonté politique forte et ambitieuse. Le débat a prouvé qu’il est possible d’espérer et de réunir les acteurs économiques autour d’un projet pour la Corse. Il faut concrétiser l’espoir. Cela passera par une évolution politique au niveau territorial. Et surtout cela passera forcément par la paix…
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