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Samedi 25 Août 2007



Comment replacer la Question Corse au cœur du projet socialiste en Corse?



Via Prugressita a participé à une rencontre citoyenne sur le thème : « Comment replacer la Question Corse au cœur du projet socialiste en Corse? » Pour ce débat, organisé par Vincent Carlotti, trois intervenants, Sampiero Sanguinetti, Gilles Simeoni, Michel Biggi. Paul Quastana initialement prévu n’était pas présent. Chaque intervention faisant a fait l’objet d’un débat dans une salle où l’on notait la présence de nombreuses personnalités des quatre coins de l’île y compris de l’extérieur comme François Pupponi, maire PS de Sarcelles.

Sampiero Sanguinetti
Pour le journaliste qui se considère comme un citoyen de gauche sans parti, deux éléments ont été déterminants dans nos rapports avec la France. L’organisation politique centralisée, voulue par la République plus connue sous le nom de jacobinisme, mais aussi les lois douanières meurtrières de nos productions au profit de la consommation de produits importés. Ces deux éléments conjugués ont participé au fait que notre démographie actuelle soit ce quelle est, que notre île soit si peu productive, que notre culture ne soit pas reconnue et surtout que la démocratie ne soit qu’un mot vide de sens. En mettant en avant la bannière de la République au détriment du droit du citoyen, la France a toujours soutenu les forces conservatrices de l’Ile dont le clientélisme est la forme politique d’action. C’est par rapport à ce contexte et à ces éléments majeurs qu’il est nécessaire d’envisager l’avenir de notre territoire. L’organisation administrative tourne autour d’une « sur représentation » d’élus, 1 pour 20 habitants. Un exemple comparatif, la Sicile comprend 380 communes pour 6 millions d’habitants, la Corse en compte 360 pour 260000 habitants. Cette organisation favorise le clientélisme, le rapport privé prime sur le rapport collectif. Ceci engendre un conservatisme important ainsi que de la violence. La solution par rapport aux deux facteurs énoncés passe inéluctablement par une réforme de l’Etat mais aussi un changement radical dans le domaine de l’économie, une réforme de la continuité territoriale. Il faut libérer l’entreprise du carcan dans lequel elle est confinée. Ceci est d’autant plus important que la Corse se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Le tourisme pourrait en être l’élément déterminant. Tout dépendra de son encadrement. Sera-t-il un tourisme de masse ou sera-t-il intégré dans une économie locale? L’enjeu est de taille et une des problématiques sera de résoudre la question de la redistribution des richesses. Aujourd’hui nous assistons à une concentration de l’argent dans les mains d’entreprises bénéficiant de l’argent public. Cette situation est très préoccupante car ces entrepreneurs sont très souvent aussi des hommes politiques jouant le jeu du clientélisme ceci engendre des rapports ambigus avec le monde des affaires et nous voyons peu à peu émerger un phénomène de mafia. La Corse doit aussi pouvoir répondre aux enjeux d’une culture en phase avec une économie intégrée, l’image, la télévision sont des supports éminemment importants qui participent à notre émancipation à notre responsabilité. Face à ce constat les réponses sont forcement politiques et doivent être prises en compte par un mouvement qui prendrait des initiatives majeures pour se défaire du système politique aliénant dans lequel se trouve la Corse. Il est impérieux de rechercher les solutions chez tous ceux qui sont conscients de l’enjeu. Une coalition politique émergente qui rassemblerait les partisans d’une Corse responsable et citoyenne serait de nature à répondre à ces problématiques. Il reste à la mettre en place.…

Gilles Siméoni
Il existe entre les autonomistes et les socialistes des convergences idéologiques et sur le plan des valeurs une multitude de points communs. En ce qui me concerne je vois, entre ma vision de la gauche celle du nationalisme des rapports directs entre l’identité, la tolérance et une économie au service de l’homme. Pour moi la gauche en 81, en 91 c’était l’espoir. Cet espoir a été déçu même si les responsabilités ne peuvent incomber à la seule gauche en effet j’y adjoints l’Etat mais aussi les nationalistes. Le point de rupture semble se situer après l’assassinat du préfet Erignac, la gauche a alors basculé dans le camp dit caricaturalement « des républicains » et les autonomistes dans celui dit tout aussi caricaturalement « des anti-France ». Maintenant le présent nécessite de réfléchir à la façon dont les réformes essentielles pourront être menées. La résolution de cette problématique est forcément politique. Il faut créer une alternative et faire converger tous ceux qui sont d’accord. Face à la dégradation, au catastrophisme, à la violence, la recherche des causes et leurs résolutions est fondamentale. Concernant la violence, il est clair qu’elle ne pourra s’arrêter sans qu’un chemin vers le changement soit trouvé. Dans cette recherche des causes, inéluctablement se dessine la recherche des solutions. Il est du devoir des mouvements politiques de s’emparer de cette problématique. Un projet pourrait être le ciment de futurs regroupements des forces progressistes dont la fraction progressiste de gauche ferait forcément partie. Reste à trouver ensemble, les voies, le mode et les mots qui rassembleront le plus grand nombre de nos concitoyens. Ceci est à mon avis le travail essentiel qui doit être mené à brève échéance.

Michel Biggi
Sociologue et économiste Michel Biggi a dressé le tableau de la situation sociale et économique de la Corse. Des données importantes émergent des analyses effectuées. (un power point vous sera prochainement envoyé). En termes de précarité la Corse partage avec le Pas-de-Calais le revenu moyen le plus faible de France. Pourtant et cela est paradoxal, les éléments chiffrés prouvent que la Corse ne va pas mal globalement. 30 % de la richesse de la Corse provient de l’administration, 25% des ménages, 20% des entreprises, 15% du tourisme, 10% de l’Etat. L’analyse prouve par ailleurs que les 20% restant de la richesse de la Corse est le produit de l’économie souterraine, de nombreux services s’effectuent « au black » ce qui n’est pas sans conséquence tant au niveau de l’économie que des mentalités. Pour ce qui est des salaires la Corse a les revenus médians les plus faibles de France et l’écart entre les plus riches et les plus pauvres est de 7 ce qui est énorme. Sur les 100000 actifs de Corse ¼ sont des personnes aidées, 17580 vivent sous le seuil minimum ce qui implique une forte précarité et une part très importante d’assistanat ceci n’est pas neutre en terme politique. La Corse souffre d’un manque d’emplois qualifiés et de formation, de fait tous les ans, 400 jeunes quittent le territoire. L’analyse prouve par ailleurs que la tranche 24ans-35ans est la moins diplômée de France. Concernant les flux, la Corse est en proie à la saisonnalité, ce qui implique une immigration importante sur des bases de la précarité contrairement aux emplois annualisés qui confrontés à l’immigration génèrent richesse et insertion. A l’évidence l’économie souterraine en Corse a une influence indéniable sur la précarité et sur les comportements. Ceci a des conséquences tant en terme de moralité dans la vie publique mais aussi de responsabilité. L’impôt perçu étant le fruit du partage citoyen, la collectivité ne bénéficie pas des produits générés par une économie qui enfonce progressivement la Corse dans l’individualisme et surtout dans la précarité. Dans une économie caractérisée par l’importance des transferts d’argent public une faiblesse du secteur privé sur fond de toutes petites entreprises ; nous avons là les éléments nécessaires à la compréhension d’un grand nombre des difficultés actuelles de la Corse.

Le débat

D’abord, il a été constaté :
Il est impossible aujourd’hui de faire confiance à cette Gauche dite « républicaine » pour porter le progrès dans ce pays. Le phénomène de clan et de clientélisme est aux antipodes des solutions qui amèneront les solutions aux problèmes de notre île.
L’Etat n’a pas joué le jeu de la démocratie et a toujours pleinement participé à la paupérisation de l’île et à l’affaiblissement de nos valeurs culturelles.
La libre entreprise n’existe pas en Corse, ni la concurrence, celle-ci est aujourd’hui acceptée par la gauche progressiste et considérée comme un facteur positif dans la société. Mais le système en place conservateur malgré des forces politique dite de droite importante, est totalement défavorable à une libéralisation des énergies créatrices d’emplois. Le patrimoine ne peut être valorisé, l’investissement n’est ni favorisé ni protégé!
L’emploi est précaire, le chômage est énorme, les prix sont élevés et le pouvoir d’achat plus bas que sur le continent. La condition du salarié est peu enviable, son niveau de qualification et ses marges de progression sont très faibles, les partis de gauche traditionnels n’ont jamais donné les réponses qui très pratiquement sur le terrain auraient du apporter des emplois et une meilleure redistribution des richesses.

Quelle conclusion et quelle stratégie à gauche?
La classe politique au pouvoir est aujourd’hui disqualifiée, la gauche aussi. Le pouvoir est aux mains d’archaïques féodaux dont l’objectif est que rien ne bouge. Face à ce constat les socialistes de Corse doivent trouver l’énergie pour réformer le mouvement social, leur vision de la société, leur parti lorsqu’ils sont adhérents. Ils ne doivent pas oublier que sur le terrain des valeurs d’autres femmes et d’autres hommes revendiquent la même démarche. Ils sont issus de tous les horizons politiques et nous ne devons pas, ni les écarter ni refuser les mains qui se tendent. Il y a aujourd’hui une très forte demande dans l’opinion publique et ce n’est qu’à partir d’un mouvement de citoyens, de gens libres, respectueux de la démocratie que viendra le changement. Il existe des femmes et des hommes en Corse qui ont ce profil. Ils sont issus de tous les courants politiques : de Gauche, de Droite, d’écologistes, de Progressistes, de Corsistes et de Nationalistes. Cela représente un gros potentiel électoral. Il faut rechercher une autre voie et la proposer à tous les citoyens. Des personnalités existent et ont déjà commencé à travailler à l’instar de l’intergroupe à l’Assemblée Territoriale. Via Prugressista s’est déjà engagé dans ce travail. A très court terme les progressistes du PS et de la gauche sociale démocrate vont élaborer un document programmatique. Ce document sera alors proposé aux autres forces susceptibles de renforcer une démarche progressiste d’ampleur. Les bases des convergences seront inscrites alors dans un programme qui pourrait déboucher sur un projet, un modèle susceptible d’être présenté à l’opinion publique et servir de base aux futures échéances territoriales.
Le débat a prouvé qu’il existe beaucoup de personnalités et de citoyens qui aujourd’hui espèrent et veulent réussir un projet pour la Corse. Il est donc essentiel d’aller vers la concrétisation de cet espoir.
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Commentaires
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Débat très interessant.Il faut, en effet aujourd'hui transcender les clivages politiques pour amener la Corse et les Corses vers un renouveau necessité de refonder la société corse.Le chemin sera long, mais c'est une tâche exaltante.
giannorsi (14/02/08 12:09)
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